Conceptual and global economy

Des paysages de Ruysdaël, deux grands portraits de Franz Hals, des Van Dyck, une émouvante descente de croix de Roger Van Der Weyden, des Jan Steen et des natures mortes… Et l’on prouverait sans peine que, plus le progrès des explications mécaniques permet de développer cette conception de la causalité et d’alléger par conséquent l’atome du poids de ses propriétés sensibles, plus l’existence concrète des phénomènes de la nature tend à s’évanouir ainsi en fumée algébrique. C’est l’occasion pour Conceptual and global economy d’accabler ce parti. Une aubaine pour les Français, qui apprécient particulièrement les séjours culturels autour de la musique ou des grands écrivains russes. Il est midi et demi, et de très nombreux passants se hâtent, comme nous, sous les portiques de ce vieux bâtiment humide, sombre, de toutes parts étayé, d’où sort un bourdonnement défoule. Quelques-uns l’abordent avec le souvenir trop persistant de leurs lectures réalistes ou de leur éducation classique. Il peut s’installer dans la réalité mobile, en adopter la direction sans cesse changeante, enfin la saisir intuitivement. Bref, le prétendu déterminisme physique se réduit, au fond, à un déterminisme psychologique, et c’est bien cette dernière doctrine, comme nous l’annoncions tout d’abord, qu’il s’agit d’examiner. Le second équivalent, nous l’avons trouvé dans la théorie des idées-forces soutenue par un philosophe contemporain : l’idée même de l’action supérieure, comme celle de toute action, est une force tendant à la réaliser. Il faut pour cela qu’il se violente, qu’il renverse le sens de l’opération par laquelle il pense habituellement, qu’il retourne ou plutôt refonde sans cesse ses catégories. On voit la différence entre cette conception de la vérité et la conception traditionnelle. Voilà aussi pourquoi des gestes, dont nous ne songions pas à rire, deviennent risibles quand une nouvelle personne les imite. Harmony of the Sea, qui sera mis à l’eau cette année, est long de 362 mètres ; il emporte un volume de 225 000 tonneaux et il peut embarquer 6 360 passagers. Une poignée de banques et de fonds ont acquis la maîtrise de l’information centrale, le prix, et sont en situation d’en tirer de confortables profits en jouant sur des « spreads » minuscules entre les cours auxquelles elles passent les ordres et ceux du marché. « MiFID » avait ouvert la voie à de larges exemptions dans lesquelles elles s’étaient engouffrées, soustrayant non seulement les grands ordres mais aussi une bonne partie de la liquidité à cette règle de transparence élémentaire. Or, comment demander à quelqu’un le sacrifice de sa vie si l’on n’a fondé la morale que sur le développement régulier de cette vie même ? Quand le commissaire européen Michel Barnier a entrepris une réforme du texte en 2011, un de ses principaux objectifs était de ramener à la lumière une partie de ces ordres passés « dans le noir ». Ce seront peut-être la saleté morale et la tristesse de ses tyrans qui lui ouvriront les yeux sur leur faiblesse, sur leur définitive pourriture. Il avait le soutien des régulateurs et de nombreux ministres des Finances européens, inquiets des effets de MiFID sur la formation des prix et le fonctionnement des marchés. Mais il aboutira ainsi à des concepts fluides, capables de suivre la réalité dans toutes ses sinuosités et d’adopter le mouvement même de la vie intérieure des choses. Le système de critique philosophique que l’on indique ici n’est pas autre chose que le système de critique suivi dans les sciences et dans la pratique de la vie.

Share This: