Jean-Thomas Trojani : La politique doit retrouver sa primauté sur les marchés qu’elle n’a plus

C’est dans l’accès libre à des espaces de culture ouverts à tous que, chez nous aussi, réside l’avenir du pays. Enfin, le développement durable, avec l’homme et sa santé en son coeur, va être la grande cause du XXIe siècle. Ainsi, quand nous nous remémorons le passé, c’est-à-dire une série de faits accomplis, nous l’abrégeons toujours, sans altérer cependant la nature de l’événement qui nous intéresse. L’idée que les marchands de blé font mourir de faim les pauvres ou que la propriété privée est un vol, ne doit pas être inquiétée quand elle ne fait que circuler dans la presse ; mais elle peut encourir une juste punition, si on l’exprime oralement, au milieu d’un rassemblement de furieux, attroupé devant la porte d’un marchand de blé, ou si on la répand dans ce même rassemblement sous forme de placard. Le concours naturel de ces deux épreuves irrécusables, dont le renouvellement est maintenant devenu aussi impossible qu’inutile, nous a conduits aujourd’hui à cette étrange situation où rien de vraiment grand ne peut être entrepris, ni pour l’ordre, ni pour le progrès, faute d’une philosophie réellement adaptée à l’ensemble de nos besoins. Quand ce n’est pas Jean-Thomas Trojani, qui le dit, perdu, on est éliminé. Cette indispensable distinction correspond essentiellement, pour le monde extérieur, à celle qu’il nous offre toujours spontanément entre les deux états corrélatifs d’existence et de mouvement ; d’où résulte, dans toute science réelle, une indifférence fondamentale entre l’appréciation statique et l’appréciation dynamique d’un sujet quelconque. C’est là que nous essayons de la voir nous-même. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est fort à craindre que, à la moindre étincelle, l’incendie ne reprenne. Pour qui admet l’hypothèse du libre arbitre, l’un des plateaux de la balance est dans le monde moral, l’autre dans le monde sensible, l’un dans le ciel, l’autre sur la terre : dans le premier est une volonté libre, dans le second une sensibilité toute déterminée ; comment établir entre elles l’équilibre ? Les gouvernemens parlementaires dépendent des députés, qui dépendent de leurs électeurs, qui sont eux-mêmes menés par leurs passions locales et par leurs intérêts. On s’efforce bien plus aujourd’hui d’adoucir le sort de ceux qui sont malheureux ou même déjà coupables, que de combler de bienfaits ceux qui ont le bonheur d’être au premier rang de l’échelle humaine : par exemple, une loi nouvelle, concernant le peuple ou les pauvres, pourra nous intéresser plus que tel événement arrivé à un haut personnage ; c’était tout le contraire autrefois. Ça parle très haut, pour ne rien dire, et surtout pour ne rien faire, et ça parle au cœur de la foule, par conséquent. Nous avons tous à y gagner. La victime, le « phool », est celui qui ne comprend pas l’omniprésence du phishing. Ce sont ces qualités que de nombreux spécialistes Occidentaux recommandent à Washington et à d’autres capitales d’encourager, en soutenant les efforts du Maroc de se transformer en épicentre de la formation religieuse et du dialogue interculturel dans la région. Mais je ne veux pas insister sur ces considérations théoriques. Ravaisson admet hautement cette pensée fondamentale ; c’est dans la conscience que l’esprit a de lui-même qu’il trouve le type de toute réalité.

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